Aujourd'hui c'est visite du camp d'Auschwitz. Nous y allons en train au départ de la gare de Krakow Grzegorski. Il faut 1h30 environ pour arriver à la gare de Oswiecim ( Auschwitz). De là en trente minutes nous arrivons à proximité de l'entrée du site d'Auschwitz. Comme nous avons deux heures d'avance nous longeons la Vistule et par là même un côté du camp jusqu'à arriver à l'endroit où en 1984 des carmélites s'étaient installés dans un bâtiment du camp et avaient dressé une grande croix provoquant un scandale avec la communauté juive.
Nous avons rendez-vous à 12h45 avec une guide parlant français. Le groupe n'est pas important, une douzaine de personnes et majoritairement des jeunes. Notre guide est jeune et sympathique. Elle nous annonce le programme à savoir environ 3h30 de visite comprenant la visite d'Auschwitz suivie par celle de Birkenau que l'on rejoint en navette. De l'entrée du musée à l'entrée du site d' Auschwitz on parcourt une sorte de tunnel dans un silence absolu tandis qu'une voix égrène les noms des disparus. Nous passons par la porte qui est surmontée de la devise bien connue " arbeit match Frei", le travail rend libre. Une sacrée provocation à l'entrée d'un camp de travail forcé.Un film d'une dizaine de minutes nous donne un résumé rapide de l'histoire des deux camps. Le camp d'Auschwitz est composé de bâtiments à deux niveaux, en briques, alignés parallèlement et séparés par des allées dominées par des miradors. Les bâtiments des femmes et ceux des hommes étaient séparés par des barbelés. Impossible de s'évader du camp, extrêmement surveillé et entouré de murs et de barbelés. Qui trouvait-on dans ce camp? Des soldats russes faits prisonniers, des intellectuels polonais, des tziganes, des homosexuels et une majorité de juifs venus de différents pays dont la France.
De camp de travail, Auschwitz est aussi devenu un camp d'extermination. Différentes expositions sont proposées dans les bâtiments. On peut y voir les fiches d'enregistrement des prisonniers avec photos, date de naissance, de mort et d'internement. Il est facile, en comparant la date de mort et celle d'internement de constater que les conditions de vie dans le camp ne permettaient pas d'y vivre très longtemps. On y mourait beaucoup, même avant l'organisation de l'extermination. Le travail y était épuisant. La nourriture était insuffisante, l'eau impure provoquait des maladies. Les conditions d'hygiène étaient catastrophiques. Les punitions pleuvaient : coups de bâtons, enfermement à plusieurs dans de minuscules cachots où il était impossible de se reposer. En plus des expériences médicales étaient conduites par les médecins du camp. Lorsque le nombre de prisonniers arrivait au camp a considérablement augmenté il n'a plus été question de photos et de fiches. Chaque nouveau prisonnier se voyait attribuer un numéro qui était tatoué sur son bras gauche. En cas de "manquement" la justice était expéditive et la "pendaison spectacle" une façon d'assoir l'autorité.
Des dessins retracent les étapes de la vie des prisonniers. Dès leur arrivée ils devaient se dévêtir, se faire tondre et passer les uniformes. Des signes distinctifs, cousus au niveau de la poitrine permettaient de reconnaître les différents types de prisonniers ( des triangles de différentes couleurs et l'étoile pour les juifs). Certains prisonniers " les canada" étaient réquisitionnés pour récupérer les objets personnels des nouveaux arrivants . Ces objets, bijoux ou autres étaient envoyés en Allemagne par camion. Pourquoi Canada ? Le Canada étant considéré comme un pays riche, la pièce où étaient stockés les objets était un "équivalent du territoire canadien" et ceux qui la remplissait était donc les "canada". Dans des box, derrière des vitres sont accumulés des montagnes de chaussures, de peignes, de lunettes, de sacs et valises ayant appartenu aux prisonniers. Il y a aussi les cheveux dont certains ont servi à faire une sorte de tissu. Au fil de la visite on s'enfonce dans l'horreur. Nous prenons le temps de nous recueillir devant le " mur des fusillés '. La dernière étape nous conduit dans la chambre à gaz où les juifs étaient exterminés. Ils y entraient confiant pensant se rendre à la douche. Nus, entassés dans une pièce aveugle ils mouraient asphyxiés par le gaz dégagé par les pastilles de zyclon B, une substance qui à l'origine servait à assainir les bâtiments. Jetées par des orifices percés dans le plafond de la "salle de douche" ces pastilles dégageaient un gaz toxique lorsque la température atteignait 28°. En l'espace d'une demi heure le sort de centaines de personnes était ainsi scellé. Il restait aux "canada" l'horrible tâche de transporter les corps dans les fours situés dans la pièce attenante. Le camp d'Auschwitz ne comptait qu'un four crématoire. C'est à Birkenau que "la solution finale" a pris sa dimension "industrielle".
C'est en navette que nous allons jusqu'au camp de Birkenau situé à seulement trois km d'Auschwitz. L'entrée se fait par la porte principale du camp, celle que l'on trouve dans tous les livres d'histoire, cette arche percée où convergent les voies de chemin de fer qui amenaient les prisonniers à l'intérieur du camp. Le camp est immense. Sur la gauche il reste des constructions basses en briques. Sur la droite les constructions en bois ont disparu hors les cheminées en briques. Nous cheminons le long de la voie jusqu'à un wagon témoin. Un wagon à bestiaux identique à ceux qui arrivaient ici chargés de juifs venus des quatre coins de l'Europe. Trois jours pour venir du camp de Drancy en France. Entassés, sans eau, dans nourriture, dans la puanteur d'un espace clos sans latrines beaucoup mouraient avant d'arriver au camp. A l'arrivée deux colonnes. Les femmes et les enfants d'un côté et les hommes de l'autre. En face le médecin procédait au tri par "aptitude" . Les handicapés, les personnes âgées, les malades étaient immédiatement dans la catégorie à éliminer. Les "canada" sur place pour récupérer les bagages des nouveaux arrivants à qui on promettait de les leur rendre après la douche conseillaient ( quand ils en avaient l'opportunité) aux ados de déclarer qu'ils avaient dix-huit ans. Un sursis, la possibilité d'aller travailler plutôt que d'être gazé immédiatement.
Cela a été le cas pour la française, femme politique et ministre Simone Veil : Simone Jacob n'a alors que 16 ans, mais elle ment sur son âge pour échapper aux fours crématoires qui attendent les plus jeunes dès leur arrivée dans les camps. Elle va tout de même subir le travail forcé destiné à l'épuisement, le manque de nourriture, les coups et les humiliations.
Chaque jour de nouveaux tris étaient faits parmi les travailleurs. Le travail était harassant, la vie, empilés dans les baraques, éprouvante. Nous visitons une construction qui servait de logement aux femmes. Trois niveaux de lits. En bas, sur la terre battue, le pire avec humidité garantie et risques de projections en provenance des niveaux supérieurs en planches disjointes.
Lorsque les Allemands ont senti "le vent tourner" ils ont rassemblé les prisonniers encore vivants pour les évacuer vers d'autres camps( en Allemagne), à pied, en plein hiver, dans une longue marche, appelée "marche de la mort". Une hécatombe.
Avant de quitter Birkenau les dirigeants ont détruit les quatre fours. Il ne reste aujourd'hui que deux d'entre eux sous la forme d'amas de béton.
Et pour nous, que reste-il? Un sentiment de malaise de savoir que toute cette horreur a pu être perpétrée par des hommes et qu'en plus , autour de nous, le monde continue à être le théâtre d'affrontements, de massacres, d'exactions et de génocides.
PS: pas de photos de l'horreur. Allez voir "Nuit et brouillard".
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